Franz Anton Cramer et les participants de l’atelier d’écriture du farº festival des arts vivants, Nyon, 2012

L’art et le partage

L’historien de la danse Franz Anton Cramer était l’invité du Laboratoire de la pensée du farº festival en 2012. Rédigé en collaboration avec les participants de l’atelier d’écriture, ce texte met en évidence la richesse d’une approche des arts vivants par le dialogue et l’écrit.

Que serait une œuvre d’art qui ne serait jamais vue ? Une musique qui ne serait jamais jouée ? Un roman que personne ne lirait ? La pratique de l’échange est essentielle pour donner vie à ce qui a été fait pour être contemplé, pour circuler, pour se faire comprendre. Ceci vaut également, et peut-être même avec plus d’urgence, pour l’art vivant. Le far° festival des arts vivants considère qu’il ne suffit pas de voir ; il met en valeur avec force le partage de l’expérience. C’est pourquoi l’atelier d’écriture mis sur pied par le festival s’intègre de façon naturelle dans un événement qui a été conçu pour questionner certaines de nos habitudes de spectateur. Car on cherche, au moment même où l’on voit, à comprendre ce que l’on voit, à y conférer un sens et à examiner la cohérence de ce qui a été proposé. Mais tous les spectacles, comme toutes les œuvres ou presque de l’art contemporain, ne vont pas de soi. Souvent ils résistent à la perception. Ils déviennent nos méthodes d’interprétation. Ils refusent d’ouvrir la porte principale et nous invitent à trouver une autre entrée. L’enjeu est donc de bien regarder où mènent les chemins qu’un spectacle propose, et d’accepter le risque du détour, de s’égarer même. Mais comme dans la fable mythologique grecque, Thésée – qui parcourt un labyrinthe dont nul ne s’était jamais échappé jusqu’alors – possède le fil rouge légendaire qui peut l’orienter jusqu’à retrouver l’issue. Et puisque le mot « texte » vient de « tisser », et que des fils sont nécessaires pour tisser, l’expérience de découvrir, de parcourir, de résoudre quelques-unes des énigmes que représente tout spectacle à travers des exercices d’écriture s’avère salutaire. Les textes s’écrivent au fil des discussions sur la base d’échanges qui, eux, ont été initiés par les œuvres. Sans elles, pas de partage. Mais sans partage, pas d’art…